(article paru dans les DNA le 16 janvier 2012 - www.dna.fr)
Nom: Joan. Age: 48 ans. Signes particuliers: dessine aussi bien pour
le journal Spirou que pour les Dernières Nouvelles d’Alsace.

En 2004, «Frigo», tome 4. En janvier de la même année, Joan organise la plus
incroyable performance jamais enregistrée par le Festival d’Angoulême : il
repeint le Centre national de la Bande dessinée et de l’Image avec un Canadair
», assure la biographie du dessinateur mulhousien Joan, consultable sur le site
internet www.bedetheque.com. « C’est sur le net, ça ? », s’esclaffe
l’artiste lorsqu’on s’étonne d’être passé à côté de l’événement. « J’avais
écrit ça comme ça, pour les Humanos (maison d’édition, ndlr) au début des
années 2000. Tu sais, je passe très peu de temps sur le net, et encore moins
pour savoir ce qu’on retient de moi. »
Travailler à coups d’avions porteurs de liquides, Joan ne l’a donc jamais
fait, mais l’idée n’a pas été lancée en l’air. « On travaillait sur un
vrai projet, repeindre la Statue de la Liberté. Après tout, elle avait été
construite par un Alsacien. On avait déjà notre nom, la Barbouille de France,
composée de six Canadairs. Un par couleur. Et puis il y a eu le 11-Septembre.
Survoler l’Etat de New-York avec six avions remplis d’on ne sait trop quoi, on
peut oublier. Pour dix années au moins, encore… »
Le «bien rock’n’roll»
Lard ou cochon? Dans l’humour, rien n’est jamais sûr. Mais c’est à l’image
de ce Mulhousien né en 1963, qui ne s’est jamais contenté des limites de sa
table à dessin. « Je suis arrivé à la BD accidentellement », reconnaît
l’ancien étudiant des Beaux-arts, « vachement plus attiré par la
vidéo » et l’univers de potes musiciens. « Je n’ai pas été influencé
par des auteurs particuliers. En fait, je lisais tout ce qui me tombait sous la
main, que ce soit des Akim, des Blek le Roc (petits formats, vendus trois
francs six sous, généreusement imbibés d’encre, ndlr) ou des albums des séries
Pépito ou Tartine (BD enfantine, ndlr). Avec Métal Hurlant, j’ai découvert ce
qu’était le «bien rock’n’roll».
Il s’est essayé aux percussions mais la postérité retiendra plutôt de ses
années 1980 les fresques murales, les pochoirs adoubés dans les bars-rocks… et
ses collaborations à l’univers des fanzines. C’est là, dans des trous à
boucher, que naît la Petite Lucie, « dessinée à même les maquettes, la
tête semblable à un Pacman, des couettes à la place des oreilles, une jupe
plissée et des chaussures à la Minnie Mouse, mais pointues. » Cette graine
de strip, bande dessinée composée de deux-trois cases, tape dans l’œil d’un
éditeur allemand. Elle poursuit sa mission de créature à gags dans le magazine
UComics.
25 ans plus tard, la Petite Lucie est devenue une figure réputée pour de
nombreux Belges, du moins ceux qui font ou ont fait partie des « petits
lecteurs de Spirou », habitués aux pages de jeux réalisés par son auteur. En
France, elle s’est promenée un temps dans les pages du magazine BD Psikopat.
Elle s’est aussi invitée dans les hommages rendus au quadragénaire Fluide
Glacial.
Lucie, Lucie, toujours Lucie… La gamine rebelle ferait presque oublier ses
albums de BD narrative, avec Harty ou Ptiluc, avec qui il a cosigné deux albums
de «Frigo». Ses travaux de plasticien avec Louis Perrin ou Yves Carrey. Tous
deux ont réalisé, l’an passé, un « travail en volume », baobab de 13 m de
hauteur poussé à l’entrée du salon international du livre et de la presse, à
Genève. Joan n’a-t-il jamais songé à se débarrasser de sa créature ?
« Je l’ai détruite plusieurs fois », se marre-t-il. « Je l’ai même
« tuée » pendant six mois pour punir un éditeur. » Aujourd’hui,
La Petite Lucie est encore plus forte. Elle n’hésite pas à squatter le monde du
vinyl, semant le désordre dans les images mythifiées des pochettes des années
1970. C’est « Lucie in the skeud », paru en octobre dernier aux éditions
12Bis. « Les 3 Baudets accueillent actuellement une exposition sur le
sujet. Elle durera jusqu’au 2 février », précise l’auteur, qui revient de Paris
où il a supervisé les accrochages de ses travaux.
Il y a un endroit où la Petite Lucie n’a pour l’instant jamais posé ses
croquignolesques chaussures, c’est dans les colonnes de notre journal. Le
dessinateur collabore effectivement avec la rédaction mulhousienne des DNA
depuis plus d’une vingtaine d’années. Il préfère se concentrer sur la recherche
de gags plutôt que sur l’étude physique des personnages de la faune municipale.
« J’ai mis pas mal de temps à saisir Jean-Marie Bockel, j’ai encore des
difficultés avec le nouveau maire, Jean Rottner, qui change régulièrement de
look. » Un qu’il n’a par contre aucun mal à représenter, c’est l’adjoint à
la culture, Michel Samuel-Weis. En raison de son physique et de la longévité de
son mandat. « Cela ne l’a jamais dérangé d’être représenté. C’est
d’ailleurs lui qui m’a proposé de faire une exposition de mes dessins de
presse, au printemps prochain. »
Stéphane Freund